La violence outil

  • Le cinéma est le médium le plus efficace pour fabriquer de la violence. La violence peut y être pure et non diluée. C’est la violence qui soude le mieux les photos découpées sous la caméra. Les bouts sont collés si fort que les images sont magnifiques, profondes et réalistes.

  • La violence est formidable pour ça ! C'est indéfendable…

  • Le temps file dans le cinéma et c’est pour cela que la violence y est tissée avec autant d'intensité. Le gros défaut du cinéma, c'est qu'il pourrit. À cause du temps qui file, il pourrit très vite. C'est le temps qui le tue, il est tellement vivant, que le temps le tue. Heureusement, que la photographie retient et contient le temps. La photographie sauve la vie ! Elle piège la violence.

  • Comment représenter l'homme Taureau ? Le tuer, ou le photographier ?


  •  Autour du lynchage.
    *—>Où sont les ombres ?
    *—>Où sont les fantômes ?
    *—>Où sont les humains ?
    *—>Où est l'enfance ?
  • Dans la dernière séquence du film, des ombres agressives encerclent l'homme Taureau, qui se trouve débordé et réduit par le nombre et l'énergie désordonnée des assaillants. Des guêpes.
    Les ombres dans la scène finale sont des silhouettes enfantines. On peut lire ce mot dans ses deux sens. Des silhouettes d'enfants, mais aussi des silhouettes dessinées par des enfants. Les ombres projetées par la lumière agressive de la fusée de détresse sur les parois de la grotte parcourent les volumes de la galerie, dans une ronde enfantine, comme dessinée par des êtres primitifs ou enfantins.
    Cette ronde folle va venir à bout du puissant personnage homme Taureau.
  • Cette ronde infernale (innocente) va le mettre en pièces.

  • Je sens le mouvement (horloge) de l'homme Taureau. Je le vois, je sais comment l'animer au banc-titre. Je sens sa peau (palpable), et son corps lourd (son poids m'étouffe). Je sens son dos massif, le dos du père.
    La peau est rugueuse, il n'y a pas d'endroits où s'agripper. La peau est grasse. On glisse un peu, on peut tomber.
    Il ne nous aide pas à rester sur son dos.
    Il avance. Je m'accroche.
  • Sa force, je la ressens contre mon ventre et entre mes cuisses, collés à sa peau rugueuse. L'homme Taureau avance.
    Je me laisse porter. La violence est là, je la sens, pas encore contre moi.

  • C'est un affrontement qui arrive. Il ne s'agit pas d'être de taille à remporter ce combat. Le combat est perdu. La beauté du corps est perdue. Le corps est détruit…
    Il ne refuse pas de combattre. Il ignore l'intuition de la mort, il ne refuse pas le combat.
    Le corps est perdu. Il ne le retrouvera jamais. C'est violent ça, de ne jamais retrouver le corps.
    C'est violent de le voir s'écrouler, se défaire, et se battre encore.
    C'est violent de refuser la mort.
    Il cherche le corps.
    Il veut le corps à corps.


  • La mare prendra-t-elle la forme d'un sexe féminin ?
    Les entailles, les ouvertures dans les vivres ?
    Le ventre de la terre.

  • L'homme jouit d'une minuscule fourmi.

  • L'homme porte un masque de taureau. Il est entièrement ce qu'il est. Il ne ment pas et il ne se cache pas derrière le masque. Il est ce que je vois. Il ne ment pas, il porte le masque parce qu'il dit la vérité sur lui-même.
    L'homme enlève le masque. On voit son visage. Cela pourrait être n'importe quel homme. N'importe qui. On ne sait plus qui il est, c'est peut-être vous, c’est peut-être moi. N'importe qui.
    Quand il ôte son masque, on ne peut pas le distinguer (démasquer).