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Matière photographique

Les photographies sauvent la vie. Les maisons abandonnées semblent mortes ou agonisantes.

Mais une empreinte flotte encore dans les chambres et les salles à manger. Un agencement de meubles et d’objets qui libère une énergie palpable…

Une matière noire qui irradie les pièces de la maison.

Michel Cognon travaille dans le commerce de détails et de récupération. Il vide les maisons de tous leurs meubles et objets. Je l’accompagne avec mon appareil photo.

Je recueille cette empreinte avant qu’elle ne soit définitivement effacée.

En quelques heures, les maisons sont vidées comme la peau d’un lapin que l’on retourne et qu’on vide de son corps. Michel en extrait la substance organique, et la laisse à nue, murs et papier peint.


Jan Švankmajer

Je suis un lapin qui chaque jour se vide de ses instants.

La photographie sauve ma vie.

J’utilise aussi les tirages photographiques pour sauver mes films. Le cinéma capte les mouvements et conserve leur vie inerte sur la pellicule.

Les films sont hospitalisés, immobilisés dans leur lit, condamnés à mort s’ils ne sont pas appareillés techniquement. Il faut les ressusciter avec une machine..

La peinture reste vive. Il y a aussi la photographie, compressée entre les parois de Lascaux et les murs d’Hiroshima. Il y a les tirages photographiques.

Les papiers photographiques comme la peinture savent eux aussi rester vifs.

Alors j’utilise des tirages photographiques que je découpe, pour remplir mes films de morceaux vivants, comme des poupées que l’on bourre de chiffons.

Pour sauver le lapin.